MENU

BRUISE est un espace de publication en ligne donnant de la visibilité aux idées, conversations, expérimentations et projets générés en marge des espaces d’exposition traditionnels par les artistes en dialogue avec Triangle - Astérides, centre d’art contemporain à Marseille, et leurs associé·e·s.

À propos
FR • EN
12.11.2020

The Lost Decade, by Hugo Hopping

Conversation   •   Nature As Infrastructure

The Lost Decade, 2020. Assemblage numérique d’un puzzle, avec contributeurs.trices invité.e.s. Avec le puzzle,
The Contours of a Table Game (The Artist interviewing Achim Steiner). Hugo Hopping, 2010 / 2020. 98 cm x 65.34 cm (2000 pièces)

The Lost Decade, par Hugo Hopping

Avec la participation de Wilfrid Almendra et Aurélia Defrance, en conversation avec Laure Jaumouillé, Abdessamad El Montassir et Cédric Fauq.

Dernière contribution au programme Nature as Infrastructure - A proposition by The Winter OfficeThe Lost Decade est une série de trois conversations développées à partir de l'œuvre d'art et du puzzle, The Contours of a Table Game (The Artist interviewing Achim Steiner), d’Hugo Hopping, 2010. Pendant que l'artiste Wilfrid Almendra en assemble les pièces, Aurélia Defrance converse avec Laure Jaumouillé, Abdessamad El Montassir et Cédric Fauq, respectivement critique, artiste et curateur, de la manière dont l’art contribue à nourrir une pensée écologique.

Lors de la première conversation, Laure Jaumouillé introduit des notions qui sont au cœur de sa thèse de doctorat. Celle-ci porte sur la question philosophique de l’écologie dans l’art des années 1960 à nos jours et s’intitule « Studies for the End of the World ». (Laure Jaumouillé travaille au sein du département des Cultural Studies à l’université Goldsmiths de Londres.) Elle aborde ici des concepts essentiels à la philosophie contemporaine de l’écologie; elle démontre notamment de quelle manière il nous faut penser le globe différemment et tenter de donner une forme visuelle à Gaïa et au « peuple » qui la compose. Elle envisage la nécessité d’un ralentissement de la pensée et des sciences et s’interroge sur la manière dont la pensée perspectiviste et les modes de vie autochtones peuvent figurer de nouveaux modèles pour notre avenir.

Abdessamad El Montassir évoque quant à lui l’importance du végétal dans son travail, en prenant pour exemple son film Achayef. Il revient notamment sur l’idée qu’une plante peut être porteuse d’une mémoire humaine, et que les vies humaines et non-humaines sont intrinsèquement liées dans la perception du vivant des Sahraouis. Il nous parle également de son projet en cours Adouaba : un film dans lequel il s’intéresse aux populations des Adouaba, villages de Mauritanie qu’il identifie comme des lieux de marronnage contemporains, et des Tranquilos, au nord du Maroc, où des personnes en situation de migration font de la forêt leur lieu de vie, et dans lesquels de nouvelles formes d’émancipation et de résistance émergent.  

Cédric Fauq revient sur l’exposition ’So Much Depends Upon a Red Wheel Barrow’ de Wilfrid Almendra à Atlantis-Lumière, dont il est le commissaire. Il évoque sa rencontre avec Wilfrid Almendra, la découverte de son atelier et lieu d’exposition Adelaïde, et retrace les connexions existantes entre la pratique d’Almendra et les recherches du groupe The Winter Office. Il nous fait part de la manière dont les institutions d’art contemporain peuvent participer à penser des modes d’existence écologiques, et évoque les connexions possibles entre pensée écologique, féministe et décoloniale. 

Ces conversations ont toutes été enregistrées en ligne pendant que Wilfrid Almendra assemblait les pièces de ‘The Contours of a Table Game’ depuis Adélaïde. 

___

The Lost Decade est un projet à plusieurs tenants, qui résulte d’une série d’invitations et d’instructions initiées par l’artiste américain et directeur de The Winter Office, Hugo Hopping, et organisées par la commissaire d’exposition Aurélia Defrance.

À l’origine de ce projet, une œuvre qui prend la forme d’un puzzle : ‘The Contours of a Table Game (the Artist interviewing Achim Steiner)’, par Hugo Hopping. La photographie figurant sur ce puzzle a été prise lors de la conférence COP15 de Copenhague, au Danemark, en décembre 2009. On y voit l’artiste Hugo Hopping interviewant Achim Steiner, alors directeur exécutif du Programme des Nations Unies pour l’environnement. La scène a lieu une heure avant la fin de la conférence, qui selon de nombreux observateurs, fut une défaite. L’artiste prend le rôle du journaliste, et pose à M. Steiner une question au sujet des conséquences (pour la planète) d’un échec à parvenir à un accord pour réduire les effets du changement climatique. La réponse reste inaudible.

2020, Marseille. The Winter Office est invité par Wilfrid Almendra à concevoir une exposition et un programme public pour son espace Adelaïde. Plus de dix ans se sont écoulés depuis ‘The Contours of a Table Game’ et la même question persiste, puisque très peu a été fait pour réduire les effets du changement climatique. Hugo Hopping propose donc de réactiver cette pièce, avec le souhait que le public de l’exposition et de Manifesta 13 puisse la manipuler, et se rassembler autour de tables rondes menées par des intervenant.e.s locaux. Les thèmes abordés :  l’accélération de la crise climatique et la complexité croissante de sa gestion. Mais en quelques semaines, la seconde vague de Covid19 (et les mesures prises en conséquence) implique la transformation en profondeur du projet.  

Aurélia Defrance, commissaire d’exposition indépendante basée à Marseille est invitée à organiser et à modérer une série de trois conversations. Elle choisit d’inviter Laure Jaumouillé, Abdessamad El Montassir et Cédric Fauq, respectivement critique, artiste et curateur, à discuter par le biais de leurs recherches de la manière dont l’art contribue à nourrir une pensée écologique. Ils sont également invités à partager leur point de vue sur la décennie passée et à trouver des points de contact avec le travail d’Hugo Hopping. 

Wilfrid Almendra est quant à lui invité à assembler les pièces du puzzle The Contours of a Table Game depuis l’espace d’exposition Adelaïde, prenant ainsi le rôle d’avatar et de remplaçant du public. 

“Ce fut un challenge de répondre à l’invitation d’Hugo Hopping. Le contexte actuel transforme nos manières de travailler et les temporalités dans lesquelles nous opérons, mais aussi et surtout, l’esthétique des projets. Les questions dont nous traitons doivent toutefois rester incarnées. 'The Contours of a Table Game' porte une question fondamentale représentée par le biais de deux hommes se faisant face, dans un contexte diplomatique chargé d’attentes et de désillusions. J’ai ancré les conversations de 'The Lost Decade' dans le champ philosophique et artistique, afin de mettre en perspective l’écart entre l’image de départ (son contexte et les enjeux qui y sont attachés) et les images, notions et recherches évoquées par les trois contributeurs.trices. Cet écart n’est pas à ‘combler’, mais se doit d’être interrogé.”  Aurélia Defrance 

The Contours of a Table Game (the Artist interviewing Achim Steiner)’, par Hugo Hopping a été photographié en 2009, et a été réimprimée comme puzzle de 2000 pièces pour l’exposition Nature as Infrastructure qui devait se tenir à Adelaide, dans le cadre de Manifesta 13, Les Parallèles du Sud.

Laure Jaumouillé est historienne et critique d’art pour diverses revues. Elle a publié dans des magazines tels que Laura, Code, artpress et Frog. Elle contribue également à de nombreux catalogues d'expositions et monographies. En 2012, elle participe au programme Expérimentation en Art et Politique fondé par Bruno Latour à Sciences Po (SPEAP). En 2015, elle s'installe à Londres pour entreprendre un doctorat ‘Cultural Studies’ au Goldsmiths College, dans lequel elle aborde la question philosophique de l'écologie dans l'art des années 1960 à nos jours.

Abdessamad El Montassir est un artiste vivant et travaillant entre Boujdour, Rabat (Maroc) et Marseille (France). Dans son travail, El Montassir nous invite à repenser l'Histoire et les cartographies à travers les récits collectifs ou fictionnels et les archives non-matérielles. Ses projets interrogent également les traumatismes et leurs influences sur les individus, leurs comportements et leurs évolutions socio-politiques, et révèlent des processus où ces traumatismes servent à l'historisation. Ces problématiques, Abdessamad El Montassir les aborde en prenant en considération les savoirs des identités non humaines des plantes afin de faire émerger des manières renouvelées de penser nos environnements.

Cédric Fauq est commissaire d’exposition au Palais de Tokyo. Précédemment commissaire d’exposition à Nottingham Contemporary, il y a proposé les expositions Still I Rise: Feminisms, Gender, Resistance; Sung Tieu: In Cold Print; Grace Before Jones: Camera, Disco, Studio et des performances d’Okwui Okpokwasili, de Steffani Jemison et de Lou Lou Sainsbury. En parallèle, il écrit et développe des projets indépendants tels que DOC, Paris (2018); Sophie Tappeiner, Vienne (2018); Nir Altman, Munich (2019); Cordoue, Barcelone (2020) et Litost, Prague (2020). Il a codirigé clearview.ltd à Londres de 2016 à 2018; et a été membre de l'équipe curatoriale de la Baltic Triennial XIII (2017-2018). Il est également le commissaire d’exposition de ‘SO MUCH DEPENDS UPON A RED WHEEL BARROW’, de Wilfrid Almendra à Atlantis Lumière, Marseille qui se tient dans le cadre des Parallèles du Sud de la biennale Manifesta 13.

Aurélia Defrance a étudié à l’ENSA de Dijon et est diplômée du master Curatorial Studies de la Städelschule et de la Goethe University, Francfort-sur-le-Main. Elle a travaillé en tant qu’assistante curatrice à Portikus, Francfort; La Loge à Bruxelles; et Triangle France, Marseille. Elle a co-fondé et dirigé l’espace d’exposition PMgalerie à Berlin de 2009 à 2012 et est intervenue en tant que commissaire-invitée à la Nassauischer Kunstverein, Wiesbaden; à la Galerie Parisa Kind, Francfort; à Solalanotte, Francfort; Oslo 10, Bâle; et La Box, Bourges. Elle a participé au programme CAPACETE 2016 à Rio de Janeiro et vit actuellement à Marseille, où elle travaille en tant que commissaire d’exposition indépendante. 

Wilfrid Almendra est un sculpteur franco-portugais, qui vit et travaille à Marseille. Ses matériaux proviennent souvent de l’économie alternative, du recyclage, et de l’échange. Ils convoquent une esthétique de la classe ouvrière immigrée dont il est issu, et questionnent le désir de confort, et la capacité individuelle d’invention et de poésie trouvée au cœur des structures sociales et économiques les plus normatives. Wilfrid Almendra est le fondateur de l’espace d’exposition Adelaïde, pour lequel il a invité The Winter Office à proposer un projet en parallèle à son exposition à Atlantis Lumière. 

Hugo Hopping est un artiste américain dont la pratique conceptuelle se décline sous forme de vidéos, de photographies, de dessins et d’autres médiums. En parallèle à cette pratique, il écrit sur l’art, l’architecture, et la culture. Il est aussi le co-fondateur et le directeur de The Winter Office (fondé en 2010), un groupe de travail qui explore l’art experimental et les projets architecturaux. Hugo Hopping vit et travaille à Copenhague.